Ce 17 novembre 2015, dans la salle du Conseil au bâtiment Leclercq,
Philippe Van Parijs confrontait les regards de 3 intervenants sur Louvain comme utopie.
Le texte qui suit reprend l'intervention de Paul Thielen, avec quelques retouches.
Une version de type PowerPoint est accessible en fin de ce document.
Louvain-en-Utopie
Louvain-la-Neuve, utopie ou dystopie ? C’était la question posée par Philippe Van Parijs aux intervenants : Paul Thielen, Jean-Luc Roland et Jean-Marie Lechat. Philippe Van Parijs développait ainsi : comment à LLN la réalité passée, actuelle et future se rapporte-elle au rêve dont elle est née et qui en a inspiré la naissance et le développement ? Faut-il voir dans cette réalité une réussite ou un échec ? Et quels sont les défis qu'il importe de relever pour que Louvain-la-Neuve reste ou devienne une eutopie plutôt qu'une dystopie ?
Je
résume sa question ainsi : comment le rêve est-il confronté à la réalité.
Quels défis à Louvain-la-Neuve aujourd’hui ?
Je
me replonge dans la mentalité des premiers temps, dans une confrontation avec
le projet
de Michel Woitrin, qu’il a développé dans son livre, « Le grand dessein », et le projet de
nouvelle société des années 60-70 que partageaient beaucoup de pionniers.
Et
aujourd’hui, vivons-nous des mêmes rêves ? Louvain-la-Neuve peut-elle les
héberger ? Est-elle encore un lieu à partir duquel on peut « changer
le monde » ? Ou seulement assurer sa survie ?
« Nous
sommes la ville ». C’est la première phrase de mon prochain livre, à
paraitre en février 2016. Dès l’automne 1971, de futurs usagers de LLN ont créé
le Conseil des Résidents devenu Association des Habitants (AH) à partir
de 1979.
On distingue trois
aspects de la ville :
la ville bâtie, la ville habitée et la ville animée, solidairement.
L’animation de la ville est de la responsabilité principale du réseau associatif, du non marchand mais les entreprises peuvent y prendre leur part.
la ville bâtie, la ville habitée et la ville animée, solidairement.
L’animation de la ville est de la responsabilité principale du réseau associatif, du non marchand mais les entreprises peuvent y prendre leur part.
Le
mot « utopie » a évolué en 44 ans. Peut-on retrouver ce que
signifiait utopie dans les premières années de la ville ? Utopie
n’évoquait pas seulement un souhait, un rêve isolé mais des imaginaires
structurés. Avec un livre de référence : « Utopies réalisables » de Yona
Friedman.
Ce ne sont pas des rêves froids
mais des projets mêlés d’émotions, de motivation. Il y a une part de fragilité
dans l’utopie et il est clair que certaines utopies une fois réalisées peuvent
se révéler décevantes.
Face au déménagement de l’UCL, de
la transition, il y eut deux attitudes. Pour une partie de cette génération qui
voulait « changer le monde » : des projets de société. Pas une révolution, un basculement immédiat. Pas
un « grand soir » (sauf pour certains trotskystes, maoïstes). Pas non
plus une Jérusalem céleste descendue du ciel.
Et d’autres universitaires voulaient
que tout soit comme avant avec « un Faculty Club » à la Ferme du
Biéreau, des villas aux alentours comme autour de Leuven.
Quels
furent les enjeux au début de LLN ?
Des utopies qui voulaient changer le monde en commençant par une ville nouvelle. On pourrait les repérer dans une dizaine de domaines différents.
Des utopies qui voulaient changer le monde en commençant par une ville nouvelle. On pourrait les repérer dans une dizaine de domaines différents.
Et
par exemple :
Habiter ensemble pour partager des projets. Les maisons communautaires qui existaient
déjà dans le Leuven des années 60 deviennent un jour des kots-à-projet. Des familles construisent des habitats groupés : les Verchons au Biéreau, le Petit Béguinage
à Lauzelle, Hepsilon à Bruyères…
L’utopie de
la ville autonome, celle du partage des savoirs (des sciences dans
la société), le désir de vivre son corps
dans un monde transformé par la biologie. La confrontation à la réalité
environnementale, Une seule Terre,
révélée par le Rapport Meadows, le Club de Rome (aujourd’hui organisée par la
Maison du Développement durable). Et aussi le désir d’une ville interconvictionnelle avec une Église communion de communautés.
Mais
les idéaux des années 60 et du début des années 70 ont donné naissance à deux
courants : celui des projets collectifs
et celui de la réussite individuelle.
Avec les années 80 les fleurs d’utopies s’étiolent. Le développement de
Louvain-la-Neuve est en panne. L’argent se présente comme le critère de toutes
choses. On assiste à la financiarisation du monde. Les profs de maths
deviennent traders.
Pourtant
depuis quelques années on perçoit un léger frémissement.
Est-ce le moment de relire, de revisiter
les visions d’il y a 40 ans ? C’est quoi notre ville ? C’est quoi une « ville
universitaire » ? Pas seulement une ville dont le terrain
appartient à l’UCL. Elle est universitaire parce qu’elle vit de la production
et du partage des savoirs. Des savoirs formels et informels. De
l’interdisciplinaire (je m’attendais tout de même à mieux même si l’on souffre
de l’absence des Facultés de santé). Allant vers une Université de tous les
âges. Pas seulement de l’Université des Aînés mais aussi de l’UCL, des Hautes
Écoles, de l’Éducation permanente.
LLN
propose des étapes dans l’itinéraire apprenant de toute une vie. Sans doute les
MOOC’s (cours en ligne) joueront-ils
un rôle plus important vers une université plus dématérialisée. Il restera
toujours des lieux pour des travaux pratiques, des séminaires, des épreuves de
validation. Les résidents pourront jouer un rôle dans les savoirs coopératifs (des « vieillesses scientifiques » ?)
et dans des ateliers de fabrication
numérique (Fab labs dont le MakiLab à LLN). Le Musée renouvelé sera certainement un lieu clé.
Quels
sont donc les défis pour aujourd’hui ? Pour LLN les années 10 sont celles
de la « Belle Quarantaine ». Relooking ou refondation ?
Quelques
défis. D’abord l’inattendu avec cette ampleur : l’intergénérationnel. Entre habitants permanents et étudiants, une cohabitation impossible ? Quels
lieux à partager ? La nuit il y a davantage de résidents. Mais tout
étudiant à LLN est aussi un citoyen. À cause des prix d’achat ou de location,
il y a trop peu de familles dont les parents ont de 25 à 40 ans. Et un nombre
inattendu de personnes arrive à LLN pour leurs vieux jours. Inventer une nouvelle
culture d’une longue fin de vie.
Très
simplement le défi est de « vivre bien et ensemble », en tissant la
solidarité, et aussi en développant des projets. LLN, « ici on peut
apporter ses projets ». Élargir la place pour l’économie du partage. LLN, ville-à-projets, et toujours ville-en-projet.
À
propos quels sont actuellement les projets
de ville de la commune d’OLLN et
de l’UCL ? Pour la commune,
quelle relation entre démocratie
représentative et démocratie
participative ? L’UCL qui veut toujours avoir le dernier mot en tant
que propriétaire et aussi comme principal promoteur, a-t-elle toujours un
« grand dessein » ? C’est quoi pour l’UCL de 2015 une ville
universitaire ?
Merci pour votre attention. Rendez-vous en février 2016 pour la
sortie de mon livre « Louvain-la-Neuve au temps des pionniers. Nos utopies
réalisables des années 70 ». Aux Éditions Academia-L’Harmattan, éditeur
aussi des deux autres intervenants du jour : Jean-Luc Roland et
Jean-Marie-Lechat.
Version PowerPoint Louvain-en-Utopie
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