mardi 24 novembre 2015

Chaire Hoover. 17 novembre 2015. LLN Utopie ?




 Ce 17 novembre 2015, dans la salle du Conseil au bâtiment Leclercq,
Philippe Van Parijs confrontait les regards de 3 intervenants sur Louvain comme utopie.
Le texte qui suit reprend l'intervention de Paul Thielen, avec quelques retouches.
Une version de type PowerPoint est accessible en fin de ce document.

Louvain-en-Utopie


Chaire Hoover. 17 novembre 2015





Louvain-la-Neuve, utopie ou dystopie ? C’était la question posée par Philippe Van Parijs aux intervenants : Paul Thielen, Jean-Luc Roland et Jean-Marie Lechat. Philippe Van Parijs développait ainsi : comment à LLN la réalité passée, actuelle et future se rapporte-elle au rêve dont elle est née et qui en a inspiré la naissance et le développement ? Faut-il voir dans cette réalité une réussite ou un échec ? Et quels sont les défis qu'il importe de relever pour que Louvain-la-Neuve reste ou devienne une eutopie plutôt qu'une dystopie ?
Je résume sa question ainsi : comment le rêve est-il confronté à la réalité. Quels défis à Louvain-la-Neuve aujourd’hui ?
Je me replonge dans la mentalité des premiers temps, dans une confrontation avec le projet de Michel Woitrin, qu’il a développé dans son livre, « Le grand dessein », et le projet de nouvelle société des années 60-70 que partageaient beaucoup de pionniers.

Et aujourd’hui, vivons-nous des mêmes rêves ? Louvain-la-Neuve peut-elle les héberger ? Est-elle encore un lieu à partir duquel on peut « changer le monde » ? Ou seulement assurer sa survie ?

Dans l’esprit des autorités de l’UCL de 2015, Louvain-la-Neuve est-elle campus, site ou ville ? Woitrin voulait une « ville » et dès qu’il a prononcé ce mot « ville » il a déclaré son autonomie. Dès les années 60 le milieu socioculturel louvaniste avait revendiqué, affirmé, une « autonomie du milieu de vie ». Mais les habitants se sont retrouvés dans un lieu qu’ils n’avaient pas choisi, avec un urbanisme dont ils ont été informés trop tard pour l’infléchir. Le professeur Lemaire et d’autres concepteurs étaient d’ailleurs opposés l’intervention des futurs résidents. Ceux-ci n’ont changé la ville spectaculairement qu’en créant de petites crèches dans les quartiers en priorité par rapport à la grande crèche, « mammouth », prévue dans les plans.
« Nous sommes la ville ». C’est la première phrase de mon prochain livre, à paraitre en février 2016. Dès l’automne 1971, de futurs usagers de LLN ont créé le Conseil des Résidents devenu Association des Habitants (AH) à partir de 1979.

On distingue trois aspects de la ville :
la ville bâtie, la ville habitée et la ville animée, solidairement.
L’animation de la ville est de la responsabilité principale du réseau associatif, du non marchand mais les entreprises peuvent y prendre leur part.





Une affiche historique du vendredi 20 octobre 1972 est significative de cette concertation triangulaire qui prendra la forme d’une « tripartite », élargie plus tard à d’autres composantes. Les habitants invitent « chez eux ».


 
OYEZ OYEZ
RESIDENTES
RESIDENTS
Réunion 20 octobre 20h30 (d’abord 21h)
Vendredi
cercle MAPHYS
Nous avons pris l’initiative de provoquer une réunion d’accueil le vendredi 20 octobre à 21 heures au cercle MAPHYS
Nous y avons invité en votre nom
les autorités communales et académiques
les services concernés par la réalisation du site ainsi que diverses personnes de la région
Nous comptons sur « VOTRE » présence pour marquer la volonté de créer une communauté de quartier indépendante de toute attache professionnelle.
Le conseil provisoire des résidents


Le mot « utopie » a évolué en 44 ans. Peut-on retrouver ce que signifiait utopie dans les premières années de la ville ? Utopie n’évoquait pas seulement un souhait, un rêve isolé mais des imaginaires structurés. Avec un livre de référence : « Utopies réalisables » de Yona Friedman. 

Ce ne sont pas des rêves froids mais des projets mêlés d’émotions, de motivation. Il y a une part de fragilité dans l’utopie et il est clair que certaines utopies une fois réalisées peuvent se révéler décevantes.
Face au déménagement de l’UCL, de la transition, il y eut deux attitudes. Pour une partie de cette génération qui voulait « changer le monde » : des projets de société. Pas une révolution, un basculement immédiat. Pas un « grand soir » (sauf pour certains trotskystes, maoïstes). Pas non plus une Jérusalem céleste descendue du ciel.

Et d’autres universitaires voulaient que tout soit comme avant avec « un Faculty Club » à la Ferme du Biéreau, des villas aux alentours comme autour de Leuven.

Quels furent les enjeux au début de LLN ? 
Des utopies qui voulaient changer le monde en commençant par une ville nouvelle. On pourrait les repérer dans une dizaine de domaines différents. 

Et par exemple :
Habiter ensemble pour partager des projets. Les maisons communautaires qui existaient déjà dans le Leuven des années 60 deviennent un jour des kots-à-projet. Des familles construisent des habitats groupés : les Verchons au Biéreau, le Petit Béguinage à Lauzelle, Hepsilon à Bruyères…
L’utopie de la ville autonome, celle du partage des savoirs (des sciences dans la société), le désir de vivre son corps dans un monde transformé par la biologie. La confrontation à la réalité environnementale, Une seule Terre, révélée par le Rapport Meadows, le Club de Rome (aujourd’hui organisée par la Maison du Développement durable). Et aussi le désir d’une ville interconvictionnelle avec une Église communion de communautés.

Mais les idéaux des années 60 et du début des années 70 ont donné naissance à deux courants : celui des projets collectifs et celui de la réussite individuelle. Avec les années 80 les fleurs d’utopies s’étiolent. Le développement de Louvain-la-Neuve est en panne. L’argent se présente comme le critère de toutes choses. On assiste à la financiarisation du monde. Les profs de maths deviennent traders.

Pourtant depuis quelques années on perçoit un léger frémissement. Est-ce le moment de relire, de revisiter les visions d’il y a 40 ans ? C’est quoi notre ville ? C’est quoi une « ville universitaire » ? Pas seulement une ville dont le terrain appartient à l’UCL. Elle est universitaire parce qu’elle vit de la production et du partage des savoirs. Des savoirs formels et informels. De l’interdisciplinaire (je m’attendais tout de même à mieux même si l’on souffre de l’absence des Facultés de santé). Allant vers une Université de tous les âges. Pas seulement de l’Université des Aînés mais aussi de l’UCL, des Hautes Écoles, de l’Éducation permanente.

LLN propose des étapes dans l’itinéraire apprenant de toute une vie. Sans doute les MOOC’s (cours en ligne) joueront-ils un rôle plus important vers une université plus dématérialisée. Il restera toujours des lieux pour des travaux pratiques, des séminaires, des épreuves de validation. Les résidents pourront jouer un rôle dans les savoirs coopératifs (des « vieillesses scientifiques » ?) et dans des ateliers de fabrication numérique (Fab labs dont le MakiLab à LLN). Le Musée renouvelé sera certainement un lieu clé.




Quels sont donc les défis pour aujourd’hui ? Pour LLN les années 10 sont celles de la « Belle Quarantaine ». Relooking ou refondation ?

Quelques défis. D’abord l’inattendu avec cette ampleur : l’intergénérationnel. Entre habitants permanents et étudiants, une cohabitation impossible ? Quels lieux à partager ? La nuit il y a davantage de résidents. Mais tout étudiant à LLN est aussi un citoyen. À cause des prix d’achat ou de location, il y a trop peu de familles dont les parents ont de 25 à 40 ans. Et un nombre inattendu de personnes arrive à LLN pour leurs vieux jours. Inventer une nouvelle culture d’une longue fin de vie.
Très simplement le défi est de « vivre bien et ensemble », en tissant la solidarité, et aussi en développant des projets. LLN, « ici on peut apporter ses projets ». Élargir la place pour l’économie du partage. LLN, ville-à-projets, et toujours ville-en-projet.

À propos quels sont actuellement les projets de ville de la commune d’OLLN et de l’UCL ? Pour la commune, quelle relation entre démocratie représentative et démocratie participative ? L’UCL qui veut toujours avoir le dernier mot en tant que propriétaire et aussi comme principal promoteur, a-t-elle toujours un « grand dessein » ? C’est quoi pour l’UCL de 2015 une ville universitaire ?
Merci pour votre attention. Rendez-vous en février 2016 pour la sortie de mon livre « Louvain-la-Neuve au temps des pionniers. Nos utopies réalisables des années 70 ». Aux Éditions Academia-L’Harmattan, éditeur aussi des deux autres intervenants du jour : Jean-Luc Roland et Jean-Marie-Lechat.

Version PowerPoint Louvain-en-Utopie

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